Une course pour la survie !

Article : Une course pour la survie !
15 juin 2017

Une course pour la survie !

Oui, c’est du moins ce qu’on peut dire après mon échappée belle dans une course-poursuite avec des coupeurs de route sur la route de Boffa.

Alors que je revenais d’un reportage dans la ville de Kamsar, une cité d’alumine située à un peu plus de 250 km au nord de Conakry, secouée par des violentes manifestations contre les délestages dans les journées du 08 et du 09 juin 2017. Cette manifestation qui a occasionné la mort d’un jeune élève en classe de 5ème année, a été émaillée de destructions de plusieurs édifices publics de la petite ville. Le commissariat de police de la localité a été mis à sac, des voitures et des motos incendiées. Le siège de la mairie aussi n’a pas été épargné par la colère des habitants de Kamsar. Au lendemain de cette grogne sociale, la ville industrielle était sur le qui-vive. Pour ramener le calme, des renforts (policiers et gendarmes) sont venus de la capitale Conakry pour tenter de contenir le mouvement.

Accompagné par le directeur de la Police nationale, Bangaly Kourouma, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le Général Bourema Condé, a rencontré les populations de la localité, les sociétés minières évoluant dans la zone et les autorités locales pour comprendre leurs versions et transmettre, selon lui ses propres termes, le message du gouvernement à la population locale.

La journée a été longue et tumultueuse. D’abord, avec les citoyens qui réclamaient l’électricité dans cette ville industrielle à deux visages. D’un côté, la cité industrielle habitée par les expatriés et cadres travaillant pour les différentes sociétés minières, qui vivent une vie « ostentatoire ». De l’autre côté, les populations locales habitant la périphérie qui tirent le diable par la queue. C’est d’ailleurs de Kamsar dit village que les émeutes sont parties lorsque des citoyens sont sortis pour réclamer de l’électricité.

Après sa rencontre avec les populations, le ministre Condé et sa suite se sont rendus à la mosquée pour la prière mortuaire du jeune Mohamed Conté, tué par balle la veille pendant les manifestations. La journée s’est poursuivie par la rencontre avec les représentants des sociétés minières.

Au revoir Kamsar, Conakry en ligne de mire !

Il était 18h30. Le soleil s’apprêtait à disparaître derrière l’Océan atlantique. Et moi, je devais quitter Kamsar pour rentrer dans capitale, Conakry. Je bouge après avoir dit au-revoir à notre correspondant régional et, d’autres confrères des presses publique et privée évoluant dans la zone. Après avoir fait le plein de carburant dans le réservoir de ma moto, j’entame les 255 km qui me sépare de Conakry avec l’idée d’être dans la capitale quatre à cinq-heures après. Trente minutes après mon départ, j’arrive à Kolabougni, une petite « ville carrefour » qui partage les destinations Kamsar-Boké-Boffa. Naturellement, j’opte pour la destination Boffa, puisque c’est de celle-là, Conakry m’ouvrira ses portes.

Après plus d’une heure de course, me voici dans la ville de Boffa. Et il est 20h15′, je dois continuer sur Conakry. Après avoir boosté le carburant dans mon réservoir, j’entame les 155 km devant moi, a l’idée d’être dans la capitale dans trois à quatre heures. Mais c’était sans connaître ce qui m’attendait un peu plus devant sur le pont de Fatala.

Rouler pour survivre ou traîner et signer ma mort certaine

Plus tard dans la nuit, deux choix se présentent à moi à mon arrivée à quelques encablures du fameux pont, où je vois une voiture Nissan de couleur blanche bondir devant juste après le passage d’un camion. Alors qu’ils étaient garés près du pont, les occupants du véhicule me essaient de me barrer la route ; avec des menaces. « Arrête-toi, arrêtez, arrêtez…», m’ordonne une voix. C’est bien en ce moment que je devais faire le choix. Oui, faire le choix entre obéir à leur ordre et m’arrêter — ce qui aurait pu être mon dernier instant de la vie, parce que dans la plupart des cas en Guinée, les coupeurs de route dépouillent non seulement leurs victimes mais aussi leur ôtent ce qu’ils ont de plus précieux : la VIE — ou prendre le courage et continuer mon chemin, avec à la clé si je réussis à les échapper ma SURVIE et la protection de mes biens à commencer par ma moto.

Mon choix est vite fait. Je dribble le véhicule à gauche et la course-poursuite commence. Les assaillants décidés à me choper accélèrent. Mais c’était sans connaître ma décision spontanée de ne pas me laisser faire devant cet imprévu. Je rétrograde la vitesse de la moto et décide de m’échapper. J’engage la deuxième, puis la troisième ensuite la quatrième et enfin la cinquième vitesse. Au fur et à mesure que je tentais de m’éloignais, les assaillants faisaient, eux aussi, l’effort de me rattraper. Et moi, j’avais plus un seul espoir de survivre. Mais j’avais déjà pris la décision de mourir de l’excès de vitesse que d’être rattrapé par des malfrats incrédules. Surtout à être décisif sur cet instant qui s’opposait à moi. Le défi était énorme, mais il fallait forcément le surmonter.

Après quelques kilomètres, j’arrive dans un petit village. Faut-il s’arrêter ou continuer ? Je n’avais qu’un seul choix : continuer ! parce que je voyais encore la silhouette des bandits venir derrière moi. J’aperçois deux autres personnes. L’une bien habillée et assise sur un tronc d’arbre et l’autre au bord de la route chemise déboulonnée et arme au poing. Ici également, je prends la décision de continuer, puisque mes « concurrents » de la course-poursuite étaient toujours à ma trousse. D’ailleurs, cette « alternative » ne me rassurait pas parce que souvent il y a un lien de complicité qui existe entre les deux groupes dans ce genre de situation. Je continue ma course avec la même allure.

Arrivé à un barrage, j’ai fait juste remarquer aux agents qu’un véhicule suspect de couleur blanche était à ma trousse. Le signalement fait, je continue ma course jusqu’à Tanéné dans la préfecture de Dubreka. Je suis sauvé. Quel soulagement ! Je retiens mon souffle, appelle mon patron pour lui raconter ce que je venais de rencontrer. Il est heureux que je sois sorti indemne et me conseille d’être très prudent pour le reste du trajet. Quelques instants après mon coup de fil, je décide de continuer mon périple. J’arrive à Conakry, à 22h30 comme prévu. Mais je dirais que l’intensité de la course à rétrécir la distance, et moi, je me réjouis d’avoir gagné sur les forces du mal.

J’ai choisi de rouler pour me tirer car j’aime la vie, mais si la deuxième option s’imposait à moi, je l’accepterai certes car ce serait mon destin, mais, je me battrai jusqu’à la dernière goutte de mon sang et mourir dignement, c’est-à-dire partir avec l’honneur.

De cette course pour la survie, j’ai compris également que le seul sauveur est Dieu, le miséricordieux. Et les bénédictions de mes parents (papa et maman) ont été sans doute des piliers indispensables.

NB : Depuis cette mésaventure, je ne savais pas par où commencer pour rédiger ce billet. Mais sorti de nouveau de Conakry, j’ai eu la force de partager avec vous, lecteurs de ce blog, à partir de ma chambre d’hôtel à Kindia, « la capitale des agrumes », ce moment de tourmente vécue.

J’ose espérer que les responsables de la sécurité étudieront ma suggestion de poster des agents au niveau de ce pont aussi stratégique que dangereux. En tout cas, la sécurité des usagés en dépend !

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Commentaires

Kdij Daroun
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Dieu soit loué pour t'avoir alerté sur la dangerosité de ces malfrats et t'avoir permis de prendre la bonne décision en une fraction de seconde et enfin, pour t'avoir accompagné tout au long du périple sans flancher jusqu'à destination sain et sauf.

Diallo
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Dieux est grand!!!
Grâce au sauveur tu es sauvé car il a fallu de peu pour que tu perde tous ce que tu as entrepris.

Amina Aistou Sall
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Alhamdoulillah g remercie bcp le tout puissant ALLAH d t'avoir aider à t'échapper ces maudits bandits et g Le pri d t protéger surtout soit prudent qu'Allah veille sur toi

moussa camara
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Waou Dieu merci tache de ne plus faire un long voyage tard la nuit