Musée du Fouta : un patrimoine qui ‘’résume’’ l’histoire d’un peuple sous l’impulsion d’une dame

Article : Musée du Fouta : un patrimoine qui ‘’résume’’ l’histoire d’un peuple sous l’impulsion d’une dame
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15 mai 2017

Musée du Fouta : un patrimoine qui ‘’résume’’ l’histoire d’un peuple sous l’impulsion d’une dame

Batiment principal du Musée du Fouta. (c) DR

La Cité de Karamoko Alpha Mo Labé est l’une des plus grandes villes de la Guinée. Située dans le haut plateau du Fouta Djallon, cette contrée est habitée majoritairement par le peuple peul. Avec une histoire particulière, les nomades « foula » d’hier sont la plupart devenus des sédentaires aujourd’hui. Au musée du Fouta situé à Labé, se trouve un pan de leur histoire, une maison ronde entretenue par  l’écrivaine, poètesse  et femme de culture, Djenabou Koumadjo Diallo. Avec plusieurs de ses collaborateurs, elle est aujourd’hui une des personnes qui garde et entretient ce patrimoine, a constaté un reporter de Guineematin.com, lors d’un séjour le weekend dans la ville de Labé.

Le musée du Fouta est juste à un pas de la route menant vers Conakry, dans le quartier N’diôlou. De passage, vous observez une calebasse contenant des noix de cola. A trois pas, juste derrière, se trouve cette case circulaire qui contient un pan de l’histoire de la culture peul.

Le Musée et son contenu décryptés par le guide Ousmane Tounkara !

Jeune journaliste et fils de la directrice du musée, Ousmane Tounkara  est celui qui sert de guide ànotre reporter. Les grands érudits, leur mode vie, l’alimentation, la vie en société, bref les différentes cultures des communautés qui y vivent, sont résumés par la voix captivante du Guide Ousmane Tounkara.

A la rentrée, c’est la description architecturale du musée que fait le guide. Le bâtiment est fait sur le modèle des cases traditionnelles. Une porte d’entrée et deux couloirs pour symboliser sont visibles. Dans le premier couloir, à droite se trouvent des mannequins, symbolisant le mariage en milieu Peul. Une dame file du coton,  assise devant une case, sous le regard d’une nouvelle mariée prête à recevoir les invités quelques jours après son mariage. Une façon pour elle de se familiariser avec sa nouvelle famille. A ses côtés, un parapluie symbolisant la protection pour la nouvelle conquête de cette famille. « Au sens propre comme au figuré, le parapluie symbolise la protection. Parce que le parapluie, c’est pour se protéger de la pluie ou du soleil dans le sens clair. Mais dans le sens occulte, si vous êtes lavé et protégé, une façon de dire que tu es inaccessible au regard malveillant ou aux flèches occultes qu’on peut orienter vers la nouvelle mariée.  Après le mariage s’il s’avérait qu’elle a honoré sa famille, elle recevait assez de cadeaux. Et tous ce qui lui était destiné était remis à la tante qui la coachait », explique le guide.

Dans le couloir gauche, où se trouve la porte d’entrée de la salle d’exposition Karamoko Alfa Mo Labé, le symbole d’une cour royale du Fouta. « Ici, c’est le roi, sa femme et ses courtisans. Dans la tradition ancestrale, l’atmosphère dans la cour royale était structurée comme suit : les rois recevaient beaucoup de personnes, les gens venaient de partout. Et les courtisans, ainsi que les griots, étaient structurés de cette façon autour du roi », précise Ousmane Tounkara.

Dans la salle d’exposition, un homme enturbanné, assis sur une peau de mouton tannée, entouré de disciples, donne l’impression d’être le maitre du lieu. « Avant, le turban était attaché de deux manières. Celui est là est considéré comme un « Thierno ». C’est-à-dire l’équivalent d’un diplômé en école coranique. II est entouré des disciples auxquels il transmet le savoir coranique. Devant lui, des encriers, un Coran ouvert, une planchette d’écriture en bois et une autre en métal qui est utilisée « pour des versets mythiques », nous explique-t-on.

Juste après, c’est la femme Peule, sa vache et son abreuvoir dans son enclos. « Dans la culture Peule, cet enclos est le lieu où les femmes traient la vache. Si généralement chez les autres peuls du monde ce travail est réservé à l’homme, ici au Fouta, c’est exclusivement la femme qui assure cette pratique. Cela s’explique par la sédentarisation de ceux qui étaient hier des nomades au Fouta à la recherche de pâturages », confie notre Guide.

Devant cet enclos est déposé un lot de colas artistiquement nouées à l’aide de cordes végétales. « C’est ce que dépose un homme qui veut épouser une fille au Fouta. Dans certaines familles, le lot est partagé, et d’autres le gardent pour le symbole », nous apprend-on.

Un peu plus devant, c’est le prototype de la maison d’une femme peule. « C’est généralement ici que tout se passe. Au centrale, elle fait la cuisine ; à droite, cette terre levée en forme de planchette, sert ‘’d’armoire’’. Elle y garde les calebasses et autres ustensiles. A l’extrémité se trouvent le lit, un grenier au dessus de tout pour garder les provisions. Un autre lit un peu plus bas pour les probables étrangers. Au Fouta, on prévoyait toujours de la ration pour d’éventuels visiteurs. Le troisième grenier était celui des offrandes, donné aux personnes qui n’ont pas cultivé pendant cette saison  » explique Ousmane Tounkara.

Derrière cette maison, ce sont les photos et armes de certains résistants et rois, Almamy et anciens combattants du Fouta, qui sont exposés. Parmi eux, le premier Almamy du Fouta, Ibrahima Sory Mawdho, Almamy Bocar Biro Barry,  Alpha Yaya Diallo (dernier roi de Labé), Alpha Bacar Diallo de Diari Labé, engagé tirailleur en 1914, père de l’ancien député Saifoula Diallo et plusieurs autres personnalités ayant marqué l’histoire du Fouta. Il y avait aussi bien des flèches, arcs, fusils et beaucoup d’échantillons d’armes utilisés lors des batilles au Fouta djallon.

Dans ce musée, la diversité dans le Fouta Djallon est présentée par des vestiges du peuple Diallonké, Diakanké, Sarankolé et d’autres composantes. C’est à l’image de la Tabala des premiers habitants Sarankolé, qui était couverte de peau humaine : « pour ne pas heurter les sensibilités des gens, nous avons préféré ôter cette peau », explique Ousmane Tounkara.

Et de cette diversité culturelle, le musée montre les briques des hauts fourneaux des forgerons, les vestiges des cordonniers, potiers, apiculteurs  mais aussi les instruments des griots du Fouta et certains du mandingue, déportés par Samory Touré au Fouta Djallon. Au milieu, une belle fille attire les regards avec sa belle coiffure et un objet en main. « C’est dans cette gourde qu’elle mettait les petits présents, le beurre de la vache qu’elle offrait aux prétendants. Des légendes Peules racontent qu’elle pouvait l’envouter en lui faisant manger  un aliment mystique, communément appelé ‘’gnâmou Diôdhô’’. Cela permet à la femme peule de conquérir son cœur », explique-t-il, sourire aux lèvres.

Comment ce patrimoine s’est-il retrouvé à cet endroit, devenu prisé par les visiteurs de la région ?

La directrice du musée, Zenab Koumanthio Diallo, dit avoir misé sur les grandes familles détentrices d’objets. « Les familles où il y avait la chefferie royale, les chefferies traditionnelles, ou alors les foyers islamiques, tout ça ce sont les grandes familles du Fouta. On a mené une campagne vers ces familles, mais aussi utilisé les medias pour demander aux gens de réagir au projet et de nous envoyer des pièces, s’ils en détenaient. Les gens ont réagit favorablement », a expliqué la directrice. Mais, elle pense que beaucoup reste à faire encore. «C’est vrai qu’on n’a pas le millième de ce qui existe, mais ça nous a permis de démarrer. Aujourd’hui, il ya des familles qui veulent nous recevoir pour nous parler du patrimoine qu’elles détiennent. Mai,s on n’a pas de moyens pour aller parce que vous connaissez nos routes et on n’a pas de véhicule. On n’a qu’une moto pour tous les animateurs qui sont là. Donc, on est confronté à ces problèmes là. Il faut avoir des moyens pour continuer à récolter ce patrimoine et à sensibiliser les familles détentrices. Parce que le musée, c’est le musée du FOUTA et non le musée de Labé. Donc, c’est tout le monde. Même au-delà de nos frontières. Tout ce qui était au Fouta d’avant », a fait remarquer la poétesse.

Des projets et des financements promis mais pas toujours concrétisés ?

« On a  fait deux projets ou trois. Le premier, c’était pour demander un bibliobus. Parce que nous animons dans des écoles. Un bibliobus dans lequel on mettrait  nos livres, nos animateurs peuvent utiliser pour rallier les écoles, mais on n’a jamais eu. Ça, c’était en direction de l’ambassade du Canada qui était venue ici. Il était très enthousiaste, mais les guinéens qui gèrent les fonds nous ont bloqués. L’ambassadeur était basé à Dakar. Il a donné l’aval, des instructions pour qu’on nous finance. Il nous a dit d’aller à Conakry, il a rassemblée les gens pour parler de ce qu’il a vue,de tout ce qu’il devait faire pour le musée. Les gens ont dit qu’il n’y avait pas de problème. Ils ont demandé X documents que nous avons fournis. Ils ont retardé, sachant que l’ambassadeur devait partir. Et ils ont ramené le projet ailleurs. L’autre projet était en direction de l’ambassade des États Unis. Ça aussi c’était suite aux visites successives des ambassadeurs des USA qui venaient. Et tous, chacun a dit nous allons recevoir votre requête. Quand on les reçoit. On leur dit nos perspectives et nos difficultés. On envoie des projets, mais je ne sais pas ce qui arrive. Finalement on a compris qu’on nous trayait, comme si c’était des vaches », se désole Zenab Koumanthio Diallo.

Parlant du troisième projet, la directrice explique que « c’est un projet interne au musée. C’est le projet du développement des savoir-faire traditionnels que nous avons initié nous-mêmes. Nous avons financé un des volets pour avoir la promotion du ‘’Djoubahi’’ qui est un savoir faire traditionnel menacé de disparation. Cela a réussi parce que c’est nous-mêmes, par nous-mêmes et pour nous-mêmes », lance-t-elle.

Tout ce prestige est tenu par la poétesse et femme de Lettres Zenab Koumanthio Diallo, attachée  la culture peule qui explique que « ce qui est notre culture, c’est bien ce que nous ne pouvons pas remplacer par rien au monde ».  C’est pourquoi elle exhorte « les gens à bien parler le Poular, parce que c’est une belle langue, à la garder pour sa pérennisation, pour ne pas qu’elle meurt, comme d’autres langues », a-t-elle conclu.

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