Quand la vie tue la mort par la disparition d’Oumar Bah

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Hommage d’Ablogui à Daroun

Oumar Bah, un an après ta disparition, la vie résiste à la mort.

Un an déjà depuis cette inoubliable soirée du 28 septembre où un tragique accident de la route t’a pris, laissant tes parents, amis et collègues dans une immense tristesse, nous continuons à attendre ton retour qui ne se réalisera hélas jamais. Oui, cela fait aujourd’hui 365 jours passés sans toi mon Daroun ! Le compte à rebours commença ce jour-là, ce matin du 29 septembre 2016, aux environs de 10 heures, quand mon téléphone sonna sans que je n’imagine que cet appel allait marquer ma vie à jamais. On m’annonça ta disparition, que tu ne rentrerais jamais. À cet instant, j’essayais de refuser d’accepter que tu sois parti de cette façon.
Oui Daroun, je refusais d’accepter cette nouvelle parce que j’ai compris très tôt qu’il y a des personnes qui entrent dans nos vies qu’on ne voudrait laisser partir pour rien au monde. Si je pouvais décider, tu serais encore là avec ces nombreuses personnes à qui tu étais si cher.
Certes, la mort t’a arraché très jeune, mais ce que tu as accompli durant ton éphémère passage sur Terre continuera à te faire vivre auprès de tous ceux qui t’ont connu de près ou de loin. Quoi qu’il arrive, je ne veux jamais accepter que la mort nous sépare. Tu es là-bas et moi sur ce bas monde en attendant mon heure, mais on est ensemble. Oui, on est ensemble puisque quelques jours avant ce tragique accident de Dounet (Mamou), le 20 septembre, tu écrivais ta page Facebook : « On prend la vie du bon côté les gars. Un conseil : ne rêvez pas votre vie, vivez votre rêve. » Et moi, je vis ce rêve de ne pas accepter ce vide que voudrait créer la mort pour les personnes que j’aime. Oui, je refuse que cette mort puisse triompher sur ce lien que la vie créa entre nous.
Personnellement, j’attends de lire les billets que tu m’avais promis sur ton périple ivoirien. Oui, surtout celui qui devait narrer l’état catastrophique de nos routes que tu m’avais promis. Je suis persuadé que le chapeau de ce billet est encore dans la corbeille de ton ordinateur. Oui, ce billet est dans la corbeille, à l’image de la suite du billet sur « Koromata », dont tu avais publié la première partie sur ton blog quelques mois avant ton ultime voyage sur Bingerville (Côte d’Ivoire).
Reviens vite, j’ai hâte de te lire et relire, encore et encore. Avant que tu ne reviennes de ton périple, laisse-moi te raconter ce qui s’est passé pendant ton absence les 365 derniers jours. Mon cher Oumar, il était 9 heures ce jeudi 29 septembre 2016 quand on m’a dit au téléphone que tu étais mort dans un accident de voiture dans la sous-préfecture de Dounet à Mamou. Ce jour-là, j’étais l’homme le plus triste de la planète. Oui, puisque je venais d’apprendre que tu ne viendras plus me dire mon « sote », « pingouin », « piki », « laisse tomber ce sont des balivernes ».
Oui, c’est ce jour que j’ai appris qu’on pouvait nier la vérité. Oui, la nier en jurant qu’elle est fausse. Même si j’ai essayé un instant de me rappeler de certains versés coraniques qui nous exhortent à plus de droiture car chaque âme goûtera à la mort (« koullou nafsine zalikatoul mawout »), je ne pouvais imaginer un seul instant que tu ne pouvais plus répondre à mon appel.
Après cette triste nouvelle, j’ai compris une heure plus tard que je ne venais pas de perdre qu’un ami, mais un frère, un confident. Deux heures après, je réalisais que je n’étais pas le seul à te perdre. Mais c’était toute une nation qui venait de perdre un soldat. Oui, l’un des vaillants combattants de la liberté et de l’égalité des chances.
Oui, un vaillant soldat qui avait pour armes son stylo, son agenda, sa caméra, son trépied et son ordinateur. Oumar Daroun Bah, la nation venait de perdre un soldat de la première ligne de front que tu étais. Mon petit, bilahi tu avais raison, surtout au niveau de la guerre contre l’insalubrité. Hélas, on ne t’avait pas écouté. Si on t’avait entendu, le drame de Dar-Es-Salaam ne serait jamais arrivé. Puisqu’on t’a pas écouté, plus de huit guinéens ont péri sous les ordures dans l’éboulement de la décharge de Concasseur.
S’ils pouvaient, ils iraient te raconter ce drame. Quant à moi, laisse-moi continuer mes explications sur les autres événements qui ont précédé cette tragédie. C’est exactement le moment pour moi de remercier tes frères et sœurs. Nous sommes allés à Daroun Sonké pour t’accompagner. Ton bon petit Alfa Diallo, ta « kalakala » Aissata Camara,  ton « King Diak », ta Houssainatou Tounkara et moi étions là pour te raccompagner une dernière fois au cimetière de Sonké. Depuis ce jour, nous sommes devenus des membres de ta famille. De Koto Ibrahim, sa femme en passant par Djadja Kadiatou, jusqu’au dernier membre de la fratrie, tous nous vouent respect et considération. Nous sommes considérés tous comme toi. En nous, c’est leur Oumar Daroun Bah qu’ils retrouvent. Cet honneur te revient, mon petit ! Mais laisse-moi te dire qu’on est nombreux à souffrir de ton absence. Je ne pourrais citer tout le monde. Mais je me souviens certainement d’un Alfa Diallo qui m’a appelé au téléphone, en sanglots, il sentait ton absence de ses côtés et cela lui crée assez de douleur. Ce jour, j’étais obligé d’aller le réconforter, mais malheureusement il n’était pas à la maison. Sais-tu où il était caché ? A la case du blogueur à Dixinn. Oui, notre siège. Le siège de l’association que nous avons partagé ensemble. Je ne te le dirais pas assez. Alfa est juste un échantillon de ceux qui souffrent de ton absence. Aissata Camara est régulièrement en larmes. Souvent, quand elle commence, j’essaie de faire le maximum pour la réconforter. Aminata également, c’est la routine : « Et Sow, dis-moi qu’il reviendra. » Maintenant, je vais lui dire que tu arrives à la Usain Bolt (rires). Et Adama Hawa Sow, Thierno Diallo, Sally Bilaly Sow… bref, toute la team Ablogui. Surtout le président Fodé Sanikayi Kouyaté (Sac dans sac), pourrait te promettre même une usine de « Coca ». On dirait qu’on s’était pressé : notre Kouyah méritait d’avoir son « LAHIDI » (plateforme de suivi des promesses) avant le grand Alpha…

Dans ce véhicule mourrait Oumar Bah, le 29 septembre 2016, à Mamou

Laisse-moi te dire que nous sommes nombreux à souffrir de ton absence. Mais reste là-bas, il n’y a pas mieux. Tu as accompli ta mission. Et voilà pourquoi tu es allé en tout honneur. Même si nous nous aurions souhaité que tu restes. Dieu, Lui, Il sait pourquoi Il t’a rappelé. Mais tu sais quoi ? Félicitations ! Parce que tu es allé en champion. Et oui, un mois et demi après ta disparition, l’Université Kofi Annan de Guinée t’a rendu un vibrant hommage. Tu es Major de la quatrième promotion Journalisme de cette université. Tu as été porté en triomphe à titre posthume devant toutes les autres promotions. Et la classe avait confectionné des tee-shirts à ton effigie. C’était triste, voire pathétique, mais tu le méritais bien. Puisque de toi à moi, on sait que tu ne badinais pas avec les études, même si souvent tu jouais au con.

Avec ta gentillesse démesurée, tu faisais profil bas pour aider certains paresseux de la classe à terminer leurs devoirs. Et d’ailleurs la plupart souhaitait être dans ton groupe quand il y avait des devoirs communs. Tu étais prêt à prendre la responsabilité pour faire le devoir pour ton groupe. Et j’avoue que ta consécration n’a nullement été une surprise pour les étudiants, les professeurs et l’encadrement. D’ailleurs, tous se souviennent de toi. Toutes les fois que je rencontre l’un d’entre eux, il m’encourage à être fort et accepter ton départ. Ce qu’ils ne savent pas, c’est bien le lien fort que nous avons et que cette mort n’arrivera toujours pas à tuer. Je dis toujours que tu reviens. Oui, c’est ce que tu m’avais dit au téléphone. Or, tu respectes tes promesses. Alors, j’attends que tu la réalises. Oumar, tu dois revenir parce que tu m’as promis.
« Lahidi », la plateforme de suivi et de contrôle de l’action publique d’Ablogui, a pris forme avec ton concours. Tu te rappelles quand nous travaillions jusque tard la nuit avec Thierno Diallo pour répertorier les promesses du président Alpha Condé et son gouvernement ? Tu te rappelle de ce qu’on disait ? « La promesse est une dette. » Tu dois revenir parce que c’est bien la promesse que tu m’as faite. Tu dois revenir parce que ta famille a besoin de toi. Oui, parce qu’Ablogui a besoin de toi, la Guinée a encore besoin de toi. Tu penses que c’est de cette façon tu dois t’échapper ? Non ! Je dis non et non. C’est vrai que je veux que tu reviennes, mais en même temps, je te conseille de rester là-bas parce qu’ici on tire encore le diable par la queue. Le bout du tunnel n’est pas pour demain.
Allah ne fait rien inutilement, mon petit. C’est pourquoi, je prie Dieu de te pardonner. Qu’Il t’accorde sa miséricorde, son pardon et qu’Il se montre indulgent à ton égard. Que tu sois accueilli avec bienveillance et qu’Il fasse de ta tombe une demeure spacieuse. Qu’Allah te purifie en usant de l’eau, de la neige et de la grêle. Qu’Il te purifie de tes fautes. Mon Dieu, accorde-lui en échange une demeure meilleure que celle qu’il avait ici, un conjoint meilleur que et introduis-le au paradis. Préserve mon ami Oumar Bah du châtiment de la tombe et du feu infernal. Amine.
Pour moi, tu n’es pas mort. Tu t’es juste éclipsé. Pour moi, tu ne vas jamais mourir parce que tu restes et resteras toujours dans mon cœur, jusqu’à ce que je te rejoigne. C’est pourquoi, Oumar Bah, un an après ta disparition, la vie résiste à la mort.
REPOSE EN PAIX BELLE AME !

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  2 comments for “Quand la vie tue la mort par la disparition d’Oumar Bah

  1. 30 septembre 2017 at 14 h 21 min

    Emouvante commémoration! Paix à son ame

  2. matagaly
    30 septembre 2017 at 19 h 16 min

    Qu’il repose en paix. Oui la vie doit résister à la mort!
    Yako!

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